Intervention de Frédéric Aubreton


Témoin dans l’atelier « l’alternance entreprises/établissements de formation» à la Conférence Régionale sur les formations initiales professionnelles en Limousin le 30 novembre 2011.



Mesdames et messieurs.

Nous allons donc parler au cours de cet atelier de « l’alternance » entreprises / établissements de formations. Plus précisément la question qui nous est posée est de savoir en quoi cette modalité particulière d’organisation des parcours de formation qu’est l’alternance peut être pertinente pour atteindre des objectifs assignés dans le domaine de la connaissance, de la professionnalisation et j’ajouterais tout de suite, du « vivre ensemble » et de la citoyenneté.

Je veux rappeler en effet, à cet égard, que nous parlons aujourd’hui de formation professionnelle initiale ; qu’à ce titre les dispositifs de formations dont nous parlons concourent tous aux « objectifs éducatifs de la nation ». C’est ainsi bien comme cela, par exemple, qu’est défini l’apprentissage dans l’article L6211-1 du code du travail auquel je vous renvoie.

La problématique de cet atelier pourrait se définir ainsi :
Quels axes de progrès ; que faut il changer dans la conception, la construction et la programmation des situations constitutives de l’alternance pour leur permette d’être plus efficaces dans l’atteinte des objectifs qu’on leur assigne. Comment rendre ce qui existe déjà, plus efficient. Comment, en d’autres termes, dans un contexte de ressources limitées, améliorer le rendement du « moteur pédagogique et éducatif » qu’est l’alternance.

Telle est bien je crois la question qui nous est posée aujourd’hui. Telle est bien en tout cas ma préoccupation constante de chef d’établissement. En l’espèce le CFA les 13 vents à Tulle. CFA géré par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Corrèze qui accueille actuellement 650 apprenants environ, tous alternants.

La principale difficulté qui se pose à l’organisateur de parcours en alternance est d’assurer la cohérence constante entre les différentes situations auxquelles l’apprenant va être confronté, dans lesquelles il va être placé.

Cette cohérence est nécessaire pour que s’instaure la dynamique de l’alternance, ce qui fait que le système ainsi créé entre plusieurs pôles à finalités différentes, produise plus d’effets que la simple addition de contextes juxtaposés.


Les ressorts de cette dynamique sont remarquablement décrits dans l’excellent article de Lucie Petit chargée d’enseignement à l’Université des sciences et techniques de Lille ; article disponible sur le site de Prisme Limousin.

Retenons pour les besoins de cet atelier quelques éléments tirés de cet article mais aussi de mon expérience, de la « charte de l’alternance pour l’apprentissage en Limousin » et de la convention portant création des CFA en région.

Dans l’alternance la compétence se construit dans le cadre d’une stratégie organisée sur au moins deux lieux de formation (plusieurs possibles). Le centre de formation d’une part l’entreprise d’autre part.

L’animation du système est confiée au centre de formation. Il en a la responsabilité. (La responsabilité est étendue en matière de respect des règles d’hygiène et de sécurité par exemple, mais aussi en matière pédagogique, ou en matière de certification CCF. Elle est assortie de plusieurs obligations de signalement)

La conception, l’animation des situations didactiques proposées à l’apprenant sont partagées : entre le tuteur en entreprise et l’équipe pédagogique d’autre part.

L’ensemble des situations proposées concourent à l’acquisition de la totalité des compétences objet du parcours de formation.

Enfin, si l’apprenant est l’objet du système pédagogique que l’on met en place : celui qu’on se propose de transformer, il en est indéniablement aussi le sujet.

Sur ce dernier point, c’est un acquis pour le système Educatif que de vouloir placer l’apprenant au centre. Dans le cas de la pédagogie de l’alternance c’est une condition absolument nécessaire. Pourquoi ?

Un détour par le texte de Lucie Petit nous rappelle que la caractéristique première de l’alternance est de reposer sur les ruptures. (Non pas rupture de contrats bien sûr, mais rupture de contextes)

Rupture entre deux contextes : l’un dédié à la formation, l’autre à la production de biens et de services. Rupture d’environnement : dans un cas intégration à une équipe de travail dans l’autre retour dans la communauté des apprenants, rupture affective, sociale, déracinement parfois également.

http://www.prisme-limousin.fr/sites/default/files/filemanager/upload/common/file/conference/atelierC/education_permanente.pdf http://www.prisme-limousin.fr/sites/default/files/filemanager/upload/common/file/conference/atelierC/education_permanente.pdf


Ce sont ces ruptures, quand elles n’ont pas l’effet inverse de placer l’apprenant en situation d’incohérence, qui sont à l’origine de la performance de l’alternance en tant que stratégie pédagogique.

Comment cela fonctionne t-il schématiquement ?

Les ruptures que je viens d’évoquer rythment l’intelligence de l’apprenant en un va et vient permanent. Celle-ci s’exerce dans la découverte continue de situations problèmes toujours plus inédites fournies dans les deux contextes proposés. On passe successivement de la distanciation, à la mise en problème, la résolution, la conceptualisation, la conscientisation. Vient en retour le temps du réinvestissement des ressources, savoirs, savoirs-faire et savoirs être nouvellement acquis, dans un contexte qui se révèle à nouveau comme offrant des problèmes inédits, nécessitant à nouveau de compléter le répertoire des ressources nouvellement acquises. ( Principe de la pédagogie spiralaire)

Ces allez retours sont le plus souvent féconds. D’une part parce qu’ils permettent de construire les savoirs. D’autre part parce qu’ils aident à la construction de l’identité professionnelle de l’apprenant.

Celle-ci nous dit Lucie Petit se construit dans l’intimité. Elle prend sa source dans une forme d’auto réflexion, je dirai pour ma part d’introspection qui conduit l’apprenant sous le regard de ses pairs à se situer, à mesurer les écarts entre la place qu’il entend occuper dans la collectivité professionnelle qu’il intègre et la position qu’il occupe. A prendre conscience de ses progrès. A gagner en confiance, à avoir envie.
Je pense pour ma part que cette dynamique intime est à la fois l’effet mais aussi la condition absolument nécessaire à la réussite d’un parcours d’alternance réussi. Celle que nous avons tous un jour expérimenté. Elle est en jeu chez l’autodidacte comme chez l’étudiant ou le salarié en formation continue.

La compétence « d’autodidaxie » comme la désigne André Giordan chercheur en sciences de l’Education à l’Université de Genève est selon moi la clé de la réussite d’un parcours de formation par l’alternance parce qu’elle fournit à l’apprenant la posture intellectuelle nécessaire pour tirer le mieux parti de la richesse et la diversité des ressources qui lui sont proposées. C’est cette compétence qui lui permet de trouver du sens.

L’ensemble de ces constats dictent la conduite à tenir pour le déploiement d’une stratégie pédagogique de l’alternance dont l’animation générale, la maitrise d’œuvre, est je le rappelle, confiée au centre de formation.

La première question qui se pose est l’articulation de la relation entre l’équipe pédagogique d’un centre de formation et le groupe constitué par les tuteurs d’apprenants en entreprises. Ce sujet fera certainement partie des échanges qui vont suivre. C’est une question très vaste à structurer selon moi autour d’au moins trois points d’analyse : les outils de la relation, le contenu des échanges, la formation/information des tuteurs, et des employeurs sans oublier les équipes éducatives.

Seconde question mais peut-être est-elle finalement première. Quelle place donner à l’apprenant dans la pièce que l’on joue à son intention ? Ou plus exactement comment l’en rendre acteur ? Je pense qu’il y a là un champ d’investigation immense et assurément de nombreuses marges de progrès.

Pour l’analyse je pense qu’il nous faut parler du positionnement initial et continu comme manière de susciter la pensée réflexive. Peut être pourrions nous également aborder les temps et outils spécifiques à l’animation de l’alternance en centre ou en entreprise. Sans doute faudra-t-il parler des contenus de formation prévus aux référentiels et de leur nécessaire présentation en inter ou transdisciplinarité. Nous ne pourrons pas, enfin échapper à la question du séquençage de l’alternance. Séquençage encore à personnaliser comme nous y incite très fortement la convention portant création des CFA en Limousin.

La troisième question qui pourrait selon moi être abordée est celle de la prise en compte de l’expérience et de la validation des acquis. Parlant de formation initiale, ce sujet pourrait étonner. N’oublions pas cependant que l’alternance se donne pour but d’asseoir la construction des savoirs et de la compétence en les appuyant sur l’expérience vécue. Cette logique est riche de développements possibles. Comment mieux valoriser les acquis de l’expérience au cours du parcours de formation par l’alternance aussi bien pour la certification que pour le reste de la vie professionnelle ? La compétence d’expression par l’apprenant de son expérience est-elle en elle-même une compétence au regard des exigences de la formation professionnelle tout au long de la vie ? Comment valider toujours au regard de l’expérience vécue d’autres compétences que celles prévues aux référentiels de certification ? Comment donner plus de place à l’authentification de l’expérience par le tuteur dans le processus de validation ? Comment aller plus loin, à cet égard, dans la voie ébauchée par la mise en place du contrôle en cours de formation dans les diplômes professionnels ? Comment mieux tirer parti des effets de la didactique professionnelle pour construire un parcours envisagé aussi comme partie du tout constituant une carrière professionnelle ?

Voilà quelques unes des questions qui me viennent à l’esprit, elles sont forcement insuffisantes et je ne doute pas que vous saurez les enrichir.

En qualité de témoin je suis sensé rendre compte des échecs et des réussites à l’échelle de mon expérience sur l’ensemble de ces sujets. Je n’en ferai pas le détail exhaustif. Tout au plus pourrais-je vous dire que le fait d’organiser l’accompagnement personnalisé de chaque apprenant a des effets surprenants. Que la mise en place de situations implicantes pour celui qui les vit amène à des progrès étonnants. Que construire la relation qui est aussi une relation de confiance, pas forcement complaisante, avec l’entreprise permet de dépasser bien des freins, débloquer bien des situations et permet de tirer le meilleur parti de ce qui fait que l’entreprise est un haut lieu d’expression de l’intelligence humaine.
Qu’introduire la notion de progrès individuel comme pierre de touche de la pertinence du système mis en place est une approche féconde lorsqu’elle préside à l’organisation d’un système que l’on veut qualitatif. Que l’évaluation formative est un levier remarquable d’accompagnement. Que la mise en place du contrôle en cours de formation renforçant le partage de la stratégie pédagogique avec l’entreprise a été à la source d’une nouvelle impulsion dans le projet éducatif et pédagogique du CFA les 13 vents.

L’alternance est un système complexe aux multiples acteurs. Il ne faut pas rechigner à accueillir cette complexité : c’est ce qui en fait toute la richesse. Le centre de formation est le régulateur de ce système dont il est comptable et responsable. Il lui revient, par les l’organisation qu’il propose, d’en maximiser les effets positifs et d’en limiter les effets négatifs ; car ne soyons pas angéliques, l’alternance n’est pas en soi porteur d’un monde idyllique.

A chaque centre sa créativité, son cadre, son contexte, ses limites. Il n’y a pas à mon sens de recettes, d’actions immédiatement transférables d’un centre de formation à un autre qui garantisse que le couple centre de formation / entreprise fonctionne au mieux de son rendement.

Il y a en revanche des objectifs et des stratégies globales à partager. La convention portant création des CFA en Limousin en fixe un certain nombre dont la mise en œuvre est garantie par la démarche qualitative qui lui est associée. Gageons que cet atelier permettra d’aller plus loin dans cette voie.

Je vous remercie de votre attention.

Conférence Régionale sur les formations initiales professionnelles


Jeudi 18 Octobre 2012
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